S'il fallait maintenant parler de ma souffrance,
Je ne sais trop quel nom elle devrait porter,
Si c'est amour, folie,
orgueil, expérience,
Ni si personne au monde en pourrait profiter.
Je veux bien toutefois t'en raconter l'histoire,
Puisque nous voilà seuls, assis près du foyer.
Prends cette lyre,
approche, et laisse ma mémoire
Au son de tes accords doucement s'éveiller.
Alfred de MUSSET
(1810-1857)
Extrait de "La nuit d'octobre"
Qu'ai-je fait ? qu'ai-je appris ? - Le temps est si rapide !
L'enfant marche joyeux, sans songer au chemin ;
Il le croit infini, n'en voyant pas la fin.
Tout à coup il rencontre une source limpide,
Il s'arrête, il se penche, il y voit un vieillard.
Que me dirai-je alors ? Quand j'aurai fait mes peines,
Quand on m'entendra dire : Hélas ! il est trop tard ;
Quand ce sang, qui bouillonne aujourd'hui dans mes veines
Et s'irrite en criant contre un lâche repos,
S'arrêtera, glacé jusqu'au fond de mes os...
O vieillesse ! à quoi donc sert ton expérience ?
Que te sert, spectre vain, de te courber d'avance
Vers le commun tombeau des hommes, si la mort
Se tait en y rentrant, lorsque la vie en sort ?
N'existait-il donc pas à cette loterie
Un joueur par le sort assez bien abattu
Pour que, me rencontrant sur le seuil de la vie,
Il me dît en sortant : N'entrez pas, j'ai perdu !
Alfred de MUSSET (1810-1857)
Extrait de "Les voeux stériles"
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Ma Passion
La littérature, la poésie...
Les mots fondent dans plusieurs sens,
Et les rimes n'en sont que la fragrance...
Mon coeur broie le noir de mon âme sur papier, Vomissant le néant dans mon esprit banni. J'ai déchiré le ciel, allumé son brasier Et crié mon enfer pour renaître infini...
J'ai saigné l'éphémère au piment de ma vie... Je ne parle plus, je hurle dans ma prison Râles et pleurs étouffant mes envies car depuis, Je cesse d'espérer ce que tend l'horizon...
Mais qu'ai-je fais de ma vie et ma liberté ? J'ai tué l'un tentant de sauver l'autre, hélas ! Qu'ai-je fais de tous mes rêves souhaités ? Crois tu qu'on oublie ? Non, simplement on trépasse...
Ô Mère je n'oublierai tous ces moments, ces mots. Mon coeur en a faim et crie cette absence lourde Qui n'a queue ni tête et qui pèsent sur les maux, Car pourquoi me nies-tu et fais-tu l'oreille sourde ?
Ne vois-tu pas en moi ce que tu n'as point vu ? Il est des silences que je peux écouter Mais le tiens ne parle, exigu, sans issu Et il voile tes yeux, de tes reproches hanté !
Ô Mère regarde moi, ouvre moi le coeur Et si tu n'y trouves ni couleurs, ni bonheur Si mon âme paraît sans pitié, que je meurs ! Alors déchire moi ! Je partirai sans peur...
Je t’ai vu cette nuit t’éloigner de ma vue Voulais-je te rejoindre, en ce long sentier nu Partir en silence sous le bruit de nos pas Et compter les étoiles et compter les mois Ne jamais retracer le futur d’un passé Jamais effacer ces moments passionnés, Revenir un jour pour emporter nos souvenirs. Mais tu ne t’es jamais retourné vers moi… Je n’ai pas su te le dire, tu n’étais plus là, N’embrumaient mes yeux que de chaudes larmes… Ai-je seulement pu faire parler mon âme ? Rien… Même pas un mot ou seulement un au revoir … Fait-il aussi froid dans ton cœur que le mien, ce soir ? Car je n’ai plus goût de vivre avec en moi, ce crève-cœur. Je t’ai laissé la porte ouverte et sur la table quelques fleurs T’écrivant ces quelques mots que jadis, je n’ai su dire : Aime-moi, reviens-moi car sans toi, je ne peux vivre…
Mon Dieu ont-ils compris ce que représentait Vraiment la vie pour moi en ce bas monde immonde? Ont-ils vraiment connu ce que je suis...étais Au plus profond de moi? Car mon coeur qui s'inonde Chaque jour de peine puis de haine et de rage S'arrache pour leur faire écouter la voie sage Que deux âmes entreprennent de soulever Par la voix de l'amour. J'ai la force de rêver... J'ai l'envie de pleurer... et puis celle d'aimer Sous l'arbre du bonheur, où j'y goûte ses fruits. Ils n'ont pu comprendre, mais simplement blâmer Tous ces beaux sentiments qui aujourd'hui les fuient... Mon Dieu ont-ils compris que je ne suis pas celle Car ils m'ont dessinés du pinceau de leur yeux Ils n'ont pu lire en moi comme je lis sur leur ciel Ces pages imaginaires en cendres dans mon feu. A présent les pages sont vierges mais peu blanches, Les traces bien gommées restent puis ne s'étanchent De tous ces mots gravés qui n'avaient aucun sens, Qui font trembler mon âme au coeur de leur absence...
La mer s'est vidée d'une terre en fissures Vert est devenu brun, brun est devenu noir Et ce matin j'ai cueillis de ces belles mûres Qui hantent mes pensées, goût sur d'un soir.
Mon corps aux ailes froissées tremble de froid Cachée dans un coin, j'ai peur de ses fantômes Un silence...des corbeaux se posent sur mon toit Je serre fort mon amulette dans ma paume...
Et des larmes coulent, je n'ose relever la tête Paralysée dans cet espace exigu, garrottée Mon âme survole au-dessus de cette crête Rejoignant la mort, laissant mon corps saigner...
Fermez cette porte, ne les écoutez plus, Votre tête flotte et ne les supporte plus Rage passagère étouffant votre coeur Sourire éphémère fané comme une fleur Je vous prie d'oublier, ces tyrans qui vous tuent...
A répondre à cela, je ne daigne descendre Et ce sont de sots discours qu'il ne faut entendre. Répandre l'amour, plutôt que la haine Est bien une chose qui leur soit vaine Ces personnes fausses ne méritent une larme!
Vous avez encore beaucoup à supporter Sachant qu'ils ont tort, la patiente cachée Mourra un peu plus chaque jour, demain. Que la sagesse puisse être votre chemin Votre fidèle amie, la ressource vitale...
Mon cœur n'a jamais pu, tant il est né sincère D'oublier ce qui fut: leurs forts caractères Je ne souhaiterai leurs paroles amères Car ils ne vaudraient le poids de ma colère... Et je ne pleurerai point pour ces imbéciles!
Ma chère, suis ma voie, n'aie crainte avec moi, Je ne te laisserai pas, je serai avec toi, Ecoute cette voix, qui ouvre cette brèche Qui te détachera de ta pauvre perche; Et je te donnerai, ma force vivifiante...
Un vase au vent se brise Une âme au ciel se dévoile Un voile d'ébène me grise Une nuit sombre d'étoiles Elle avance devant moi Disparaît doucement Je la suis à petit pas Et comme un aimant Elle m'attire, je suis fer Elle est pièce métallique Je ne suis plus de chair Je suis corps diabolique Qui court après son âme Cohésion immortelle pâme Plus tranchante qu'une lame Plus brûlante qu'une flamme Le noir m'entourait de partout Je devenais aveugle, voyais flou Sombrant dans le néant, je fuis Et tombe dans un profond puits
Si mes larmes pouvaient Eclairer mon chemin Je pleurerais un printemps, A l’aube d’un matin… Et la lune lustrée Ne boit à mes côtés Ces vagues de torrent ! Si mes larmes pouvaient Raccourcir mon chemin, Je pleurerais une saison, Effaçant ces « demains ». Et le soleil doré N’aura su que brûler La neige de passions !
Quand le «nous» de passion ne devient que du vent… Les cieux se dénudent de leurs voiles d’argent Les cœurs se fanent sur les pétales juteux Aux sentiers des étoiles, des rêves amoureux…
Quand le «nous» de passion ne devient que du vent… S’évadent ces mots d’or de nos boîtes d’antan; De cette pauvre flamme s’assèchent nos larmes Emiettant grains de vie quand se pâment nos âmes…
Quand le «nous» de passion ne devient que du vent… S’écorchent les arbres, souvenir de nos temps Libérant un parfum de ces amours passés Dont «les âmes» et l’esprit n’ont pu que chasser…
Quand le «nous» de passion ne devient que du vent… Nous devenons la rose de noir et de blanc, Nos rêves s’immolent au sang bleu du destin Et se vide une mer de l’espoir, un matin…
Je t’ai vu partir dans un monde miroir Loin de nous, loin de moi… à présent, mortifiée… Où t’inondent ces pluies, chaque soir d’encre noire Immolant ton cœur d’ombres; tu as tant changé… Je me sens perdu… je n’ai plus la clef, Je te cherche partout, où est ma fille-fée?
J’ai grandie, c’est vrai! Je ne suis plus la même Le brouillard a brûlé mes pensées…papa… Je repensais à tes mots, tes regards bohèmes, Je ne pouvais me relever, je pleurai sur tes pas… Ils ont violés ma joie, mes envies de vivre… Ils m’ont tués aux petits jours, papa je suis ivre…
Je ne crois pas ce que j’entends Toi, ma fille que j’ai vu grandir Protégé sous mes ailes de sang Et sous mes yeux de saphirs… Mon cœur est au bord des larmes Ils m’ont tranchés de mille lames!
Condamnant mes yeux, verve uvale salée Trop innocente à leur goût pour la voir couler Ils m’ont volés ma voix, à qui vais-je chanter? Sur une pierre muette, en ce pauvre sentier… J’aimerai retrouver mon sourire et mes joies Papa, ne t’en vas pas, reste ici, près de moi…
Tu étais jadis, protégé de mes ailes Aujourd’hui tu es, mon aile argentée. Mon étoile dorée accrochée à mon cœur Je te rendrai ton sourire, Ô ma belle fleur… Monte sur ce navire, nous partons mon enfant Retrouver tes rêves dans tes yeux d’océan…
Dans un jardin embelli J’y cueillais la nuit Tous ces jolis «mots roses» D’un regard morose… Et chaque jour, j’arrose Ce talent en cette rose Sans forcer la dose Juste une p'tite plume Dessinant ma douce lune Au reflet si pure Pour unique parure… Revenue le lendemain Voulant l’offrir au matin Inspirant mon cœur fin Je n’ai trouvé qu’un grain…
Il noie ses larmes à l’ombre de mon regard Un regard glacial où se réchauffent ses maux Mais quand je tremble de chagrin, le soir Ses maux l’oppressent tranchés par les faux Ses pas sont plus lents et n’avancent plus loin, Vers ces sourires où brûlait jadis une flamme Brisé… Il ne mangera plus de ce pain ! Et près de lui, muette, s’assied mon âme.
Il se noie dans le noir à l’ombre de mes nuits Se saoule de mes larmes, bouteille amère Quand soudain surgissent mes fantômes aigris Il a peur et se cache, sous les débris de vers… Il entend mes mots et il court, il court La cadence de ses pas emballent mes émois Il écoute cette mélodie aux chants de l’amour Puis repart indolent, n’ayant plus cette foi…
Il me noie tous les jours, dans l’océan de vie Des vagues salées d’amertume et de passé… Mais je sais qu’il a tord, je le guide, il me suit, En silence, il regarde le soleil doré Se retourne puis lève les yeux vers le ciel Contemple cette Lune luisant à mes yeux ; La lueur perça d’halo sablonneux de miel Mon Cœur qui ouvrit les yeux vers les cieux…
Le ciel qui fut jadis feuille blanche Devint mouillé d’encre noir désespoir
…
Un chant dans mes oreilles, sans air Résonne comme un écho dans la nuit Quand la lune reflète dans l’eau claire Découpant mes vers sombres d’ennuis
…
Cette voix morne l’emportait pâme Dans cette vague étale de vie dérisoire
…
Ce chant se tait puis s’enterre dans l’ombre Insecte de nuit, sans ailes, seul sous la pluie Et ses yeux brillent, pleurent dans la pénombre Retourne froid, sous sa pierre, blasé d’envies…
Mon lit est de terre et cette nuit, il m'enserre Il est ma couverture en poussière éphémère Derrière: le néant, la solitude amère Et la peur dans mon sang, fut flamme en mon enfer.
Mon lit est de terre, un couvre-lit aux épines Déchire ma chair et mes cris se redessinent Abreuvé de pleurs au fantôme de mes fleurs Il étouffe mon cœur, l'effleurant de frayeur.
Mon lit est de terre, dérobé par l'oubli Un sombre cimetière où mon corps s'endormit : Cercueil marmoréen où cette voix se tut, En bridant ce destin de ces planches vêtues !
Il est des jours où le voile de braise Gèle le crépuscule au pôle nord Baise nos pieds, étouffe d'un mailaise Tréfonds enflammés où les maux se torent.
Il est des soirs où l'étoile se noit Dans le blanc de nos lunes, bleus à l'âme S'éteint sa lueur dans ce noir si froid Quand nos corps éreintés soudain se pâment.
Il est des jours où les mots ne sont plus Poignardent le coeur d'une pauvre plume D'encre moribonde et d'or dévêtu Il est des soirs où il ne reste qu'amertume...
Mes mots ambrés glissent comme larmes perlées, Les rimes s'immiscent aux eaux mortes du ru, Inondant les strophes au parfum de vers nus, Et cette vague amorphe inonde de pureté.
Mes mots sombres tranchent en morceaux tous mes maux Les rimes sur branche enserrent cet infini De sens ténébreux qui enflamment ma vie Cœur obscur de ces cieux sous le soleil des mots...
Mes mots rouge passion sont des pommes d'octobre Où l'amour en fusion dorlote les racines, Niellées de douceur aux frondaisons si fines, Aux senteurs du bonheur, aux déraisons si sobres.
Mes mots comme le temps ont leurs noms, leurs saisons, Parfois noirs, parfois blancs, ensoleillés, pluvieux, Un rayon de lumière ou secret mystérieux, Un baiser éphémère, une triste chanson...